En soin au CRRF de  Trestel depuis des mois un patient nous confie ses poèmes

En soin au CRRF de Trestel depuis des mois un patient nous confie ses poèmes

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En soin au CRRF de  Trestel depuis des mois un patient nous confie ses poèmes

Jean-Christophe Pierre est en soin au CRRF de Trestel depuis le début de l’été dernier suite à un accident. Il y passe les heures, les jours, les mois.
Et, de si longs mois après il contemple toujours avec autant de bonheur le paysage qu’il a sous les yeux … la plage de Trestel, les îles, qui invitent à la poésie…
Nous vous invitons à les découvrir , à les savourer…
Courage à tous les patients qui mènent de durs combats avec l’aide des soignants pour retrouver le plus vite possible leur vie d’avant…

LES AILES

Sous le vent avec les soignants

Les pieds dans l’eau en balnéo

Quand les goélands sont réveillés

Commence le ballet des Ergos

Sur le sable avec les Kinés

Jour après jour c’est un défi

Quand les goélands sont réveillés

De retrouver l’autonomie

Sous le ciel des orthophonistes

Les mots se forment sur la plage

Quand les goélands sont réveillés

Nous écrivons de nouvelles pages

Sur les vagues de l’animation

Les créatrices du littoral

Quand les goélands sont réveillés

Nous aident à garder le moral

Sous les galets de nos traitements

Les psys, l’hypno, ouvrent un chemin

Quand les goélands sont réveillés

Nous n’avons plus peur de demain

Nos secrets partagés de patients

Expriment l’espoir, en vérité

Quand les goélands sont réveillés

De regagner nos libertés

Le va et vient de la marée,

Fait briller en nous cet espoir

Quand les goélands sont réveillés

Qu’un jour ce sera le départ

Pour s’envoler mais sans pleurer,

Pour à nouveau battre des ailes

Quand les goélands vont se coucher

Et comme eux, regagner le ciel

…De Trestel

Hommage aux patients de Trestel

Heureux celui…

Heureux l’éclopé, l’amputé,

Qui avance pourtant,

La ligne d’horizon est plus dure à atteindre, il ne doute pas d’ailleurs, qu’il pourra la rejoindre, L’horloge s’est arrêtée, il prendra tout son temps.

Heureux le traumatisé,

Qui en plein jour a peur,

Demain, après demain, il faudra retourner, Pour affronter le monde et sa réalité, L’horloge s’est arrêtée, il cherche le bonheur.

Heureux “l’handicapé,”

qui apprend à chanter,

alors que sur la mer on entend les goélands, Qui se marrent au-dessus de nos têtes en gueulant, L’horloge s’est arrêtée, il apprend à s’aimer.

Heureux le douloureux,

Qui ne trouve pas les mots,

Mais sait que ces maux-là ne peuvent pas durer, Décidé à se battre contre vents et marées, L’horloge s’est arrêtée, il essuie ses sanglots.

Heureux le déformé,

Qui sait qu’il est tordu,

Le chemin désormais sera fort sinueux,

Pour réussir vraiment à défaire tous les noeuds, L’horloge s’est arrêtée, il n’est pas abattu

Heureux le paralysé,

Qui prend le temps de voir,

Assis ou allongé d’où viennent tous ces bruits, Les galets qui résonnent au milieu de la nuit, L’horloge s’est arrêtée, il ne craint plus le noir.

Heureux l’aphasique, le muet,

Qui peut voir et entendre,

Mais ne peut plus chanter comme il aurait souhaité, En lui, les notes, les sons, continuent à danser, L’horloge s’est arrêtée, il veut se faire comprendre.

Heureux l’amnésique, le perdu,

Qui cherche sa boussole,

Lui pourtant, qui savait tant de choses…avant, Que la mémoire n’enlève ses derniers instants, L’horloge s’est arrêtée, il veut qu’on le console.

Heureux l’enfant, l’innocent,

Qui est aussi patient,

Mais comme les grands, rêve de son futur, Avec ses parents, de nouvelles aventures, L’horloge s’est arrêtée, il vivra au présent.

Heureux le manchot, le gaucher,

Qui ne peut saluer,

Le bras levé, la main serrée, si c’est ainsi, Il restera poli, il saura dire merci, L’horloge est repartie, il va donc embrasser.

Vous tous,

Heureux,

Je vous ai croisés.
Jean-Christophe PIERRE

Son Nom

Quand nous nous sommes croisés pour la première fois, Je n’la connaissais pas et j’ignorais son nom, Pourtant par le passé je l’avais rencontrée, Quelques fois, pas longtemps, sans y faire attention.

Pas moyen, cette fois, de ne pas m’attarder, Elle avait pris mon cœur, connaissait mon parfum, Je ne pus l’éviter tant elle me désirait, Tous les jours avec moi, les nuits, soirs et matins.

En couple nous vivions, pas besoin de parler, Partenaire pour la vie, elle ne me quittait plus, Toujours inséparables, nous nous étions mariés.

Même si la solitude ne m’aurait pas déplu.

Je cherchais quelques fois un peu d’indépendance, Mais très vite elle sentait quand c’était le moment, De me rappeler à l’ordre avec intransigeance, Que son amour pour moi était fort et puissant.

Difficile pourtant, de ne pas se lasser, D’un amour outrancier qui ne me laissait seul, Que pour quelques instants de minutes volées, En craignant qu’au retour, de rage, elle ne m’engueule.

Intransigeante, cruelle, comme la Reine de Saba La soif des monarques, son envie de régner, Sur mon corps, sur mon âme, elle ne se privait pas, Elle avait mis sa marque, j’étais son prisonnier.

Je devais me défendre, libéré de son joug, Je pouvais espérer, respirer à nouveau, Avec elle, plus question de tendre l’autre joue, Je dois rompre l’alliance du loup et de l’agneau.

Je vais t’abandonner, nous devons nous quitter, Tu seras triste sans doute mais aujourd’hui c’est l’heure, Il me faut te laisser notre amour est fané, Tu reviendras peut-être mais je n’aurais plus peur.

De ton nom maintenant, soudain, je me souviens, Je ne t’oublierais pas, j’avais ta bague au doigt, Alors que tu t’éloignes, je reprends le dessus, Nous resterons amis, un peu comme une sœur, ton nom m’est revenu : «DOULEUR ».

Pour le plaisir : nous vous partageons aussi cette photo : Hommage d’élèves du Lycée Pommerit à leur Directeur Adjoint Jean-Christophe PIERRE (auteur de ces poèmes)

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